Une courte histoire.

Préface

J’ai écrit cette nouvelle littéraire dans le cadre de mon cours de français, en secondaire 4. Elle est basée sur une histoire que j’ai tenté, sans résultat, d’écrire, et qui m’a suivie pendant deux ans. Cette version est la plus courte, celle qui néglige le plus de détails, même les plus importants, mais également la plus satisfaisante. Récemment, je l’ai retrouvée et j’ai décidé de l’améliorer… Je vous dévoile donc le résultat.

Veuillez noter que les commentaires sont appréciés, mais que le plagiat est illégal. Ceci est mon histoire, mon personnage, mon talent, s’il vous plait, utilisez les vôtres. Merci.

Ne jamais revenir

En prenant cet avion, j’avais voulu fuir tous ces problèmes qui m’empêchaient de dormir depuis tant d’années et qui semblaient trop graves, trop énormes pour même songer à les régler. J’avais voulu partir, aller là où plus rien ne m’aurait rappelé mon passé. De ce voyage, j’avais souhaité ne jamais revenir. De toute façon, il n’y a aucun endroit que je considère comme étant mon domicile, ayant changé si fréquemment de maison, de ville, d’État. Je n’ai pas non plus d’amis, encore moins une amoureuse, et ma famille est irrévocablement éclatée. Mais à présent, alors que mon regard se perd dans l’océan immense et inquiétant, tourné vers cet avenir lugubre et incertain, la peur m’envahit pour la première fois; soudainement, je ne suis plus le héros sans crainte des films hollywoodiens.

Je ne suis qu’un idiot, un sombre crétin qui, en voulant être égoïste, a réussi à se négliger lui-même. Qu’ai-je fait de mes rêves? Ils ont quitté ma tête, tout comme mes cheveux sous le rasoir du coiffeur. Et comme une repousse, ils reviennent. Si j’étais resté aux États-Unis, j’aurais pu régler mes problèmes, qui me semblent maintenant pitoyablement ridicules. J’aurais fait des démarches pour renouer avec mon frère, peut-être aurais-je même tenté de contacter papa et le pardonner pour nous avoir abandonnés. Je n’aurais pas oublié d’aller me recueillir sur la tombe de maman et profiter de l’occasion pour lui apporter des marguerites, ses fleurs préférées. Puis, une fois réconcilié avec mon passé, je me serais occupé de mon avenir, de mon bonheur. J’aurais pu poursuivre des études supérieures. Je me serais bien vu policier, préservant la paix dans une petite ville au Nord du pays. Sergent Austin Harrison… Cela aurait bien sonné. J’aurais trouvé le grand, le vrai amour, et cette rencontre aurait été suivie par un mariage à la chapelle où mes parents avaient autrefois célébré leur union. J’aurais eu tout ce qui vient habituellement après le mariage: la grande maison décorée d’un drapeau américain sur le perron en avant, les enfants hyperactifs aux yeux vert doré et à la chevelure sombre toujours pleine de noeuds, le Golden Retriever nommé Rocky, les vacances dans les Rocheuses au Canada… J’aurais enfin obtenu une joie profonde et inébranlable, mes soucis ayant été reculés au dernier plan comme une ombre insignifiante sur un tableau représentant un paysage ensoleillé. J’aurais vieilli, j’aurais développé des complexes en raison de la calvitie, j’aurais pris pension dans une maison de retraite et j’aurais serré maladroitement dans mes bras une ribambelle de petits-enfants. Puis, sur mon lit de mort, je me serais dit que ma vie avait mérité d’être vécue.

Malheureusement, rien de tout cela ne se produira. Je n’aurai ni diplôme, ni famille, ni retraite, ni bonheur. Ma vie restera ce qu’elle est, c’est-à-dire une perte de temps et d’oxygène, un échec lamentable qui se lit dans chacun de mes gestes, dans chacune de mes paroles. Je n’aurai que la mort, la Faucheuse qui maintenant m’effraie. Mon voisin fait le signe de la croix, légèrement tendu. Il a probablement compris, lui aussi.

-Vive les États-Unis, je murmure dans un souffle.

Bientôt, nous posons pied à terre. Certains retourneront au pays, mais je sais que je ne ferai pas demi-tour. Je le sens. Devant moi une horreur plus grande, plus terrible que ce que j’ai laissé derrière moi. L’Irak. La guerre. Ne jamais revenir.

© Gabrielle Pelletier, 2009

  1. Pedro
    8 janvier 2009 à 8:07 | #1

    Oh que wow! :)

    J’ai hâte de lire la version longue, chère petite bichette. Si toutefois tu décide de me la laisser lire, ou bien de la produire…

    I Hope you enjoy your 18 springs.
    On se voit peut-être de samedi!
    (L)

  2. Gabrielle
    8 janvier 2009 à 9:39 | #2

    La version longue, je l’ai pas mal abandonnée.
    Je crois aussi que Austin a suffisamment souffert comme ça sans que j’en fasse un roman… Haha!
    De toute façon, je suis sur un autre projet, dont je ne parlerai pas avant que ça se concrétise…

    Et je suis contente que tu aimes (:

  1. Pas encore de rétrolien.

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