«Il faut du bruit pour entendre le silence.»
J’ai relu plusieurs fois cette simple phrase. C’était à la page 117 du roman Lorsque j’étais une œuvre d’art d’Eric-Emmanuel Schmitt, quelques lignes avant de tourner la page. Une toute petite phrase, une phrase anodine, mais qui rebondissait dans mon esprit comme un écho qui prendrait de plus en plus de force.
Je suis allée me servir un tasse de tisane au chocolat, breuvage au goût aussi bizarre que l’indique son nom, et j’ai médité sur les mots de Schmitt. Je me suis éloignée de l’idée d’origine, je me suis perdue quelque part entre mes connaissances théoriques de philosophie et mes souvenirs, je me suis appropriée la citation sans aucun scrupule. J’ai pensé suffisamment longtemps pour que le liquide bouillant devienne froid, pour que 2:00 soit l’heure indiquée par mon horloge.
Il faut faire du bruit pour entendre le silence.
Il faut être piétiné par les moments les plus pénibles, écorché vif par la détresse la plus profonde, noyé par la solitude la plus totale, étouffé par le flot de larmes le plus désastreux pour goûter pleinement à la douceur des temps meilleurs qui arriveront un jour ou l’autre. Ce n’est pas pour rien que mes plus grands bonheurs ont toujours suivi les périodes où je rampais dans l’estime que j’avais de moi-même, des autres et de cette damnée vie en général. J’avais besoin de me faire crier dans les oreilles par un mal plus grand que moi pour prendre conscience de toute l’importance d’un simple baiser, d’une balade solitaire et nocturne en janvier, d’une toute petite inspiration, d’un inconnu qui me remarque et m’apprécie spontanément, d’un voyage. Sans malheur, le bonheur passe inaperçu; il devient tragédie.