Vous avez dit, hypersensible?
Je vis mes émotions exagérément.
Lorsque j’aime, je pourrais offrir mon âme à la personne chérie. J’aime jusqu’à l’épuisement, je charge mes «je t’aime» de toute mon énergie vitale, j’embrasse comme si c’était ma dernière action. On peut probablement sentir l’air vibrer violemment autour de moi lorsque mes pensées se dirigent vers celui que je considère comme ma moitié; en tout cas, moi, je le sens. Je me donne toute entière en amour, même si ceux qui m’entourent ne le remarquent peut-être pas.
Lorsque je regarde un film et qu’un personnage important meurt, mon coeur arrête de battre, j’ai l’impression que le monde — réel et imaginaire — vient de s’effondrer. Je ne verse aucune larme, mais à l’intérieur de moi, c’est le déluge, le tsunami. Ce serait une réaction commune et banale pour une fille si je réservais cette réaction aux bons. Mais non, il faut que je me mette dans tous mes états pour les pires scélérats aussi. Tantôt, quand j’ai fini de regarder le film racontant les derniers moments du méprisable petit moustachu autrichien, j’ai été saisie de désespoir à chaque coup de feu annonçant un suicide. Je vous le dis, ma compassion va me perdre un jour.
Lorsque je lis certaines cartes postales sur PostSecret, mes lèvres tremblent, mes poings se serrent, mes épaules se raidissent. Je constate de la complexité de l’existence, de son absurdité, de sa cruauté, et ça me décourage profondément. Quoi? Vous pensez que j’en mets trop? Et moi donc. Mais c’est comme ça, je n’y peux rien. Je l’ai dit, je vis mes émotions exagérément. Il n’y a rien de rationnel.
Lorsque l’autre, là, Nelly, lorsqu’elle s’est enlevé la vie, j’en ai pleuré pendant trois jours. Je n’ai jamais lu ses romans, je me souciais aucunement d’elle de son vivant et je continue à ne pas me préoccuper de cette femme, mais son drame personnel, ou du moins l’aperçu que j’en ai eu en naviguant un peu, me bouleverse. Elle me touche, la Nelly, par sa trop grande ressemblance avec des gens auxquels je tiens. Avec sa trop grande ressemblance avec la fille que j’étais il y a un temps. Pendant trois jours, je me suis déshydratée pour eux, pour moi, parce qu’une écrivaine dont l’oeuvre n’est jamais arrivée dans mes mains avait eu l’idée d’en finir avec l’existence.
Je vis mes émotions exagérément. Il n’y a rien de rationnel. Et merde que ça me pèse parfois!