Écoeurement… passager?
J’abandonne trop facilement. Je fais des projets, je m’investis à fond, puis j’arrête tout d’un coup, parce que plus de temps, parce que plus d’intérêt.
C’est ce qui est en train d’arriver avec ce blog. Demain marquera son premier anniversaire, et je songe sérieusement à le supprimer. Déjà. Je veux continuer d’écrire, mais j’ai de la difficulté à composer avec la maudite censure que j’ai fini par m’imposer. Je pourrais me lever un matin, envoyer promener ces barrières et écrire ce que je veux, mais non. Je me soucie peu de ce qu’eux pourraient penser de moi; c’est ce que moi je pense d’eux qui m’arrête. Parce que je juge trop durement. Parce que je suis rancunière. Parce que derrière mon armure de petite fille bien gentille et bien douce, je suis un monstre. Oui oui.
Mais c’est peut-être temporaire. Je vais peut-être ramollir ma rage et continuer à écrire comme si ce billet n’avait jamais paru.
Pour le moment, je ne sais plus.
J’aime Chaplin.
Le contraire serait impossible, avouez-le.
«Il faut du bruit pour entendre le silence.»
J’ai relu plusieurs fois cette simple phrase. C’était à la page 117 du roman Lorsque j’étais une œuvre d’art d’Eric-Emmanuel Schmitt, quelques lignes avant de tourner la page. Une toute petite phrase, une phrase anodine, mais qui rebondissait dans mon esprit comme un écho qui prendrait de plus en plus de force.
Je suis allée me servir un tasse de tisane au chocolat, breuvage au goût aussi bizarre que l’indique son nom, et j’ai médité sur les mots de Schmitt. Je me suis éloignée de l’idée d’origine, je me suis perdue quelque part entre mes connaissances théoriques de philosophie et mes souvenirs, je me suis appropriée la citation sans aucun scrupule. J’ai pensé suffisamment longtemps pour que le liquide bouillant devienne froid, pour que 2:00 soit l’heure indiquée par mon horloge.
Il faut faire du bruit pour entendre le silence.
Il faut être piétiné par les moments les plus pénibles, écorché vif par la détresse la plus profonde, noyé par la solitude la plus totale, étouffé par le flot de larmes le plus désastreux pour goûter pleinement à la douceur des temps meilleurs qui arriveront un jour ou l’autre. Ce n’est pas pour rien que mes plus grands bonheurs ont toujours suivi les périodes où je rampais dans l’estime que j’avais de moi-même, des autres et de cette damnée vie en général. J’avais besoin de me faire crier dans les oreilles par un mal plus grand que moi pour prendre conscience de toute l’importance d’un simple baiser, d’une balade solitaire et nocturne en janvier, d’une toute petite inspiration, d’un inconnu qui me remarque et m’apprécie spontanément, d’un voyage. Sans malheur, le bonheur passe inaperçu; il devient tragédie.
Les dangers d’écouter Les Trois Accords.
Toute la journée, la chanson Caméra Vidéo du très philosophique groupe Les Trois Accords a joué dans ma tête et sur mon PC.
Le résultat est désastreux: je suis incapable de penser à autre chose qu’aux paroles vides de sens du sympathique quatuor. C’est très utile lorsqu’on voulait écrire un billet sur son blog.
Je vous balance le démon en pleine poire, faute de pouvoir vous tenir un discours cohérent.
(Remarquez à quel point le nom de la catégorie est i-ro-ni-que.)
Je pourrais écrire.
Ils s’appellent Théo, Marie-Michèle, Armand, Claudie. Ils sont roux, châtain clair, noir de jais, blond platine, avec des mèches de couleurs funky, chauve, grisaillant. Ils ont huit ans, vingt ans, trente-trois ans, soixante ans. Ils habitent un petit appartement bordélique, une grande maison de banlieu, la rue, un bachelor mal chauffé. Leur mère est morte, trop contrôlante, malade, absente, schizophrénique, parfaite. Ils boivent du café sans modération, préfèrent la bière, vendraient leur corps, leur âme et leur petite soeur pour un verre d’eau. Ils sont amoureux, en ont assez des histoires qui se terminent mal, sont épuisés par un divorce éprouvant, viennent d’enterrer leur femme. Ils ont une vie, des secrets, des espoirs, une détresse, des idées, une destinée.
Ils sont nés dans ma tête et attendent que je les transpose dans une histoire. Ils s’impatientent, parce que je les laisse en suspens depuis trop longtemps. Ils m’en veulent que je leur réserve l’histoire parfaite, les mots parfaits, les personnages secondaires parfaits.
Maudit perfectionnisme.
Vous avez dit, hypersensible?
Je vis mes émotions exagérément.
Lorsque j’aime, je pourrais offrir mon âme à la personne chérie. J’aime jusqu’à l’épuisement, je charge mes «je t’aime» de toute mon énergie vitale, j’embrasse comme si c’était ma dernière action. On peut probablement sentir l’air vibrer violemment autour de moi lorsque mes pensées se dirigent vers celui que je considère comme ma moitié; en tout cas, moi, je le sens. Je me donne toute entière en amour, même si ceux qui m’entourent ne le remarquent peut-être pas.
Lorsque je regarde un film et qu’un personnage important meurt, mon coeur arrête de battre, j’ai l’impression que le monde — réel et imaginaire — vient de s’effondrer. Je ne verse aucune larme, mais à l’intérieur de moi, c’est le déluge, le tsunami. Ce serait une réaction commune et banale pour une fille si je réservais cette réaction aux bons. Mais non, il faut que je me mette dans tous mes états pour les pires scélérats aussi. Tantôt, quand j’ai fini de regarder le film racontant les derniers moments du méprisable petit moustachu autrichien, j’ai été saisie de désespoir à chaque coup de feu annonçant un suicide. Je vous le dis, ma compassion va me perdre un jour.
Lorsque je lis certaines cartes postales sur PostSecret, mes lèvres tremblent, mes poings se serrent, mes épaules se raidissent. Je constate de la complexité de l’existence, de son absurdité, de sa cruauté, et ça me décourage profondément. Quoi? Vous pensez que j’en mets trop? Et moi donc. Mais c’est comme ça, je n’y peux rien. Je l’ai dit, je vis mes émotions exagérément. Il n’y a rien de rationnel.
Lorsque l’autre, là, Nelly, lorsqu’elle s’est enlevé la vie, j’en ai pleuré pendant trois jours. Je n’ai jamais lu ses romans, je me souciais aucunement d’elle de son vivant et je continue à ne pas me préoccuper de cette femme, mais son drame personnel, ou du moins l’aperçu que j’en ai eu en naviguant un peu, me bouleverse. Elle me touche, la Nelly, par sa trop grande ressemblance avec des gens auxquels je tiens. Avec sa trop grande ressemblance avec la fille que j’étais il y a un temps. Pendant trois jours, je me suis déshydratée pour eux, pour moi, parce qu’une écrivaine dont l’oeuvre n’est jamais arrivée dans mes mains avait eu l’idée d’en finir avec l’existence.
Je vis mes émotions exagérément. Il n’y a rien de rationnel. Et merde que ça me pèse parfois!
Rien.
La liste de mes brouillons sur WordPress s’allonge. On dirait la route 148, mais avec des mots pixellisés. C’est déprimant. J’ai couru après, mais c’est tout de même démoralisant. Je vois le temps filer, mon idée me poursuivre jusque dans mon bain, jusqu’au maudit Tim Hortons qui a eu la mauvaise idée d’ouvrir près de chez moi, jusque dans mes examens… Et il y a ces mots qui sortent, qui fuient, qui s’affichent sur mon écran, mais que je ne veux pas publier. Je m’impose une censure sévère, et ça me rend folle.
Voyez-vous, mon sujet, c’est cette idéologie qui est représentée par la croix toute croche, dans un cercle blanc avec du rouge tout autour. Nul doute que ça attirerait les lecteurs les plus bizarres. Quant à mon point de vue, il n’est pas unique, mais il est très peu partagé. Je risque de choquer autant les néo-choses que ceux qui aimeraient mêler leur vomi aux cendres du moustachu. C’est plutôt inconfortable, comme position.
Alors je continue à fixer mon écran, à frapper sur mon clavier comme une demeurée, à écouté un film où les acteurs crient en allemand avec des sous-titres en anglais, à boire chocolat chaud sur chocolat chaud et à espérer qu’un texte génial me naisse sous les doigts. Un texte qui exprimerait parfaitement ma pensée, et qui m’éviterait donc d’être la victime des insultes de beaucoup trop de personnes.
***
Parce que j’ai pris l’habitude de partager avec mes potentiels lecteurs mes goûts musicaux, voici quelques chansons que mon ordinateur est écoeuré de faire jouer de ces temps-ci.
Five Years Time – Noah And The Whale
Facing The Plastic – Serj Tankian, remixé par Little Jimmy Urine
Redondance.
Parce que maintenant, c’est évident. Évident que tu m’as menti. Menti à propos de toi, à propos de nous deux. Nous deux, c’était voué à aller nulle part, tu le savais. Tu le savais. Tu le savais!
Parce que la vie continue. Continue à aller bien, continue à aller mal, continue à discontinuer. Discontinuer, discontinuer, se ressembler, changer. Je change, je reste la même, je reprends ce que j’avais perdu, ma force. Ma force dans les mâchoires qui vont mordre le cou de ceux qui osent me faire mal, avant de croquer avec gourmandise l’existence. L’existence, existentialisme, l’homme est un projet. Un projet de renouer avec le passé, d’aller vers l’avant, parce que la vie continue. Continue. Continue.
Parce que maintenant, c’est évident. Évident que je vais passer au travers, que je vais t’oublier. T’oublier, fuck. «Fuck ton ex, I am next.» Next! Next…
Gratuitement.
Je voudrais redevenir une enfant.
Les responsabilités ne me dérangent pas tant que ça. Les privilèges me plaisent bien. Ce dont je m’ennuie, c’est la sincérité totale et profonde avec laquelle on aborde la vie. On dit ce que l’on pense, on exprime clairement nos désirs, on embrasse sans modération notre personnalité. On est, sans se soucier de ce que les gens attendent de nous.
Ma mère m’a souvent reproché, depuis le début de mon adolescence, de m’avoir perdue. Elle a bien vu que mes hormones, mêlées à un désir confus de correspondre à ce que la société juge acceptable, avait amputé mes véritables passions. En atteignant 13 ans, j’ai laissé derrière moi une partie de ma compassion, l’entièreté de mes rêves fondamentalement altruistes. Je voulais autrefois partir dans les pays en voie de développement, distribuer de l’eau potable à des enfants du tiers monde, construire des écoles dans des contrées éloignées, tout ça gratuitement. Je n’envisageais aucun emploi rémunéré: je ne comprenais pas le système capitaliste et n’avais aucune intention de le comprendre un jour. Les grandes personnes se sont pourtant évertuées à m’inculquer cette logique, et elles ont réussi. Il y avait toujours ce dégoût pour les valeurs du capitalisme, mais j’avais fini par accepter que je devrais m’y plier un jour ou l’autre. J’étais devenue égoïste, animée par aucun désir d’aider, la représentation de ce que j’exécrais autrefois.
Il y a eu ce cours de sociologie, au début du mois. Le professeur avait invité trois femmes à venir nous parler de différentes ressources mises en place dans l’Outaouais pour porter assistance aux sans-abris. J’ai un appartement, et s’il me venait à le perdre, j’ai de la famille et des amis qui seraient volontaires pour m’héberger. Et pourtant… Je me suis sentie directement touchée par ce qu’elles racontaient. J’en avais des larmes qui voulaient jaillir de mes yeux et une rage qui bouillonnait dans mon ventre devant l’inaction des gouvernements au sujet de ce dossier. C’est là que j’ai refait contact avec mon idéal d’enfant. C’est là que j’ai retrouvé l’envie irrésistible de faire du bénévolat, de m’impliquer corps et âme pour le bien-être d’inconnus qui en ont besoin, sans rien recevoir en retour. Aider. Donner tout ce que j’ai, même si peu, à ceux qui n’ont presque rien. Savoir que le temps que je consacre à une cause fait toute la différence dans la vie d’autrui. Me sentir utile dans ce monde où j’ai l’impression d’être superflue, de n’être qu’un numéro. Faire un pied de nez au capitalisme.
Je ne me suis pas encore présentée là où je veux m’impliquer. Malgré mon idéalisme revenu en grande force, je suis forcée de me plier aux foutues exigences de la société, ce qui sous-entend me rendre à mes cours, étudier pour mes examens, rédiger mes travaux, lire mes milliards de livres pour Théâtre, Communication écrite et Lectures et cultures. À cette période-ci, nous sommes en pleine mi-session: les livres à lire, les examens et les travaux nous viennent de tout partout. Il n’y a donc pas énormément de place pour mes rêves de bénévolat. Mais ça va venir. Ça va venir.
Et, je l’espère, je vais pouvoir redevenir une enfant, dans ma tête du moins.
Une enfant avec des responsabilités et des privilèges d’adultes, mais une passion illimité pour ce qui m’interpelle réellement.
Mika
Je ne savais pas qu’il était de retour avec un nouveau disque… depuis l’été passé. Il fallait que je fasse un tour sur le site de Radio-Canada et que je tombe par hasard sur l’entrevue qu’il a donnée à Tout Le Monde En Parle pour l’apprendre.
C’est ainsi que j’ai écouté les chansons de l’album The Boy Who Knew Too Much plutôt que de rédiger l’article que je voulais publier ce soir… Et savez-vous quoi? J’aime Mika encore plus que je ne l’aimais lorsque nous chantions Grace Kelly à tue-tête sur le boulevard St-René Ouest, Pedro et moi… Ce qui est énorme.
Mes coups de coeur:
Love is lost, life can burn,
But your luck will return,
But if youre dragging it down you wont know its there
But your mama thought there was somethin wrong
Didn’t want you sleeping with a boy too long
It’s a serious thing in a grown-up world
Maybe you’d be better with a Barbie girl
A trail of clothes two years old
Why did you have to go and leave all this stuff behing
Wasn’t I allowed three strikes and out
No, but you said I could, said I could just one night
Like lovers on the open shore — What’s the matter?
When you’re sitting there with so much more — What’s the matter?
While you’re wondering what the hell to be
Are you wishing to be ugly like me?
(suivi du refrain qui ne me sortira pas de la tête avant mon improbable mariage)